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lundi 21 avril 2014

Il était une foi...

Un missionnaire espagnol qui visitait une île rencontra trois prêtres aztèques.
"De quelle façon priez-vous ? demanda-t-il.
- Nous ne connaissons qu'une seule prière, répondit l'un des Aztèques. Nous disons : "Dieu, Tu es trois, nous sommes trois. Aie pitié de nous."
- Belle oraison, dit le missionnaire. Mais ce n'est pas exactement la prière que Dieu entend. Je vais vous en apprendre une bien meilleure."
Le religieux leur enseigna une prière catholique et poursuivit sa route d'évangélisation. Des années plus tard, à bord du navire qui le ramenait en Espagne , il dut repasser par cette même île. Du tillac, il vit les trois prêtres sur le rivage et leur fit signe.
C'est alors que les trois hommes s'avancèrent dans sa direction en marchant sur l'eau.
"Père ! Père ! appela l'un d'eux en s'approchant du navire. Apprenez-nous de nouveau cette prière que Dieu entend ; nous n'avons pas réussi à nous la rappeler.
- Qu'importe", dit le missionnaire, voyant le miracle. Et il demanda pardon à Dieu pour n'avoir pas compris plus tôt qu'Il parlait toutes les langues.

Paulo COELHO, Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j'ai pleuré (Paris, Anne Carrière, 1995)

photo © Aurélie Baconnet

samedi 28 septembre 2013

Voir au-delà des apparences

Il y a quelques jours, je me suis dit que cela faisait longtemps que je n'avais pas partagé un conte avec vous… et voilà qu'hier soir, je lis cette "vieille histoire chinoise" :

C'est celle d'un roi qui avait un écuyer très âgé. Cet écuyer, qui a toujours su lui choisir les meilleurs chevaux, lui dit un jour :
« Seigneur, je veux arrêter mon travail. Je suis trop vieux et plus capable de m'occuper de vos chevaux.
« - Connais-tu quelqu'un qui pourrait te remplacer ? lui répond le roi.
« - Seigneur, j'ai entendu parler d'un jeune écuyer remarquable mais je ne le connais pas. Peut-être pourrait-on lui demander de vous choisir un cheval pour voir s'il est digne de vous servir ?
« Le roi accepte et charge le jeune écuyer de lui trouver une nouvelle monture. Trois mois plus tard, le jeune écuyer se présente à la cour du roi :
« - Seigneur, j'ai trouvé un cheval merveilleux. Il est calme, racé, léger et fend l'air sans aucun bruit. Le jeune écuyer indique l'endroit où le trouver puis hésite avant d'ajouter : Il est bai, je crois.
« - Que l'on m'amène ce cheval ! dit le roi.
« Ses serviteurs partent et reviennent deux jours plus tard, bredouilles :
« - Seigneur, nous n'avons pas trouvé le cheval bai. Il y en avait un mais il était noir.
« Le roi se tourne vers le vieil écuyer :
« - Tu te moques de moi. Comment ton jeune écuyer pourrait-il travailler auprès de moi ? Il ne peut même pas se rappeler la couleur d'un cheval !
« Le vieil écuyer réfléchit alors quelques instants et dit au roi :
« - Maintenant, je suis sûr que ce jeune écuyer est meilleur que moi. Il voit l'essentiel et ignore l'accessoire. »

Conte tiré de La rivière et son secret, Zhu Xiao-Mei (Paris, Robert Laffont, 2007, 2013, Documento).

mardi 14 mai 2013

La gratitude (2/5)

Une fois n’est pas coutume, je fais une petite introduction à un conte. Pour vous dire que j’ADORE les histoires de Nasreddin, le fou sage. Et encore plus quand c’est Djihad Darwiche qui les raconte !

Nasreddin Hodja décide d’offrir à Tamerlan (chef des Huns) quelques figues de son jardin pour se concilier ses bonnes grâces. Le Hodja ignore à quel point le Tartare a ces fruits en horreur.
A peine Nasreddin les lui a-t-il donné que Tamerlan en prend une bien mûre et la lui lance au visage.
- Allah est grand ! s’exclame Nasreddin sans broncher, quoiqu’il soit tout couvert du jus et de la chaire éclatée.
Agacé Tamerlan en prend une autre et recommence.
- Grâces te soient rendues, Allah !
Et Nasreddin a l’air aussi content que si on lui annonçait une livraison de halva.
- Arrête, fils de chacal ! cria Tamerlan exaspéré. As-tu fini de rendre aussi stupidement grâce au ciel ? Tu ne vois pas dans quel état j’ai mis ta tête et ton turban ?
- Je comprends ta surprise, ô mon maître, mais quand je pense que j’ai failli t’apporter des melons !

Cette histoire, je l’ai trouvée sur : http://nasreddinhodja.blogspot.fr/
 

jeudi 9 mai 2013

Ces histoires qu’on vous murmure à l’oreille

Chaque année depuis 3 ans, entre mai et octobre, je voyage pour mon (autre) activité professionnelle. J’ai repris hier ces longs périples en voiture (5h dont 4h d’autoroute).
Et avec quel bonheur !!
Non, je ne suis pas maso ! Et je veux bien vous confier le secret de ma joie : les livres audio.
Hier, par exemple, j’étais à Guernesey grâce au Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates. (Oui, je l’avoue, j’étais tellement impatiente que j’avais écouté la première partie avant mon premier voyage.)
J’ai adoré la voix et le ton de Juliet (alias Cachou Kirsch).
Voilà ce que j’apprécie, dans les livres audio, c’est que quelqu’un vous raconte une histoire. Et avouez que, depuis que vous savez lire (débrouille-toi, maintenant, tu es grande), ça ne vous ai pas arrivé très souvent ! Si ?

mardi 30 avril 2013

Une démonstration vaut mieux qu’un long discours

Un jeune lionceau abandonné fut recueilli par des moutons, qui l’élevèrent à leur manière. Le lionceau s’efforçait de manger de l’herbe, ce qui ne l’enchantait guère, et de bêler, ce qui lui était difficile.
Quand un chacal s’approchait du troupeau, le jeune lion s’enfuyait, épouvanté, imitant en cela les moutons.
Un jour, un lion adulte surgit en haut d’un rocher dominant la plaine. Tous les moutons s’enfuirent, et le lionceau avec eux.
Le lion poursuivit le troupeau et saisit le lionceau par la peau du cou. Il l’emporta. Le petit lion frissonnait de peur et se voyait déjà croqué.
Ils arrivèrent au bord d’un fleuve. Le lion déposa le lionceau sur la berge et le poussa jusqu’au bord de l’eau. Puis il s’assit à côté de lui et pencha sa tête sur l’eau du fleuve.
Le lion et le lionceau se reflétaient ainsi côte à côte. Le lionceau vit qu’il ressemblait au lion. Il se rassura.
Les deux animaux se désaltérèrent, puis ils s’éloignèrent ensemble.

Conte tiré du Cercle des menteurs, contes philosophiques du monde entier de Jean-Claude CARRIERE (Plon, 1998)

mardi 9 avril 2013

Le pouvoir de la pensée

Un voyageur très fatigué s’assit à l’ombre d’un arbre sans se douter qu’il venait de trouver un arbre magique, l’arbre à réaliser les souhaits.
Assis sur la terre dure, il pensa qu’il serait fort agréable de se retrouver dans un lit moelleux. Aussitôt, ce lit apparut à côté de lui.
Etonné, l’homme s’y installa en disant que le comble du bonheur serait atteint si une jeune fille venait masser ses jambes percluses. La jeune fille apparut et le massa très agréablement.
« J’ai faim, se dit l’homme, et manger en ce moment serait à coup sûr un délice. » Une table surgit, chargée de nourritures succulentes. L’homme se régala. Il mangea et il but. La tête lui tournait un peu. Ses paupières, sous l’action du vin et de la fatigue, s’abaissaient. Il se laissa aller de tout son long sur le lit, en pensant encore aux merveilleux événements de cette journée extraordinaire.
« Je vais dormir une heure ou deux, se dit-il. Pourvu qu’un tigre ne passe pas par ici pendant que je dors. »
Un tigre surgit aussitôt et le dévora.

Conte tiré du Cercle des menteurs, contes philosophiques du monde entier de Jean-Claude CARRIERE (Plon, 1998)

mercredi 27 mars 2013

Enfer et paradis

Un vieux Chinois, avant de mourir, fit un vœu. Il désirait voir l’enfer et le paradis. Comme sa vie s’était déroulée dans l’honnêteté, son vœu fut exaucé.
On le conduisit d’abord en enfer. Il y vit des tables couvertes de nourritures délicieuses, mais les convives paraissaient affamés et furieux. Assis à deux mètres des tables, ils devaient utiliser de très longues baguettes et ne parvenaient à faire pénétrer aucune nourriture dans leurs bouches. D’où leur souffrance et leur colère.
Ensuite on transporta le vieil homme au paradis et il y vit exactement le même spectacle.
– Oui, raconta-t-il à son retour. Les mêmes tables, la même nourriture, les mêmes baguettes. Mais tous les convives semblaient heureux et rassasiés.
– Pourquoi ? lui demanda quelqu’un.
– Parce qu’ils se nourrissaient les uns les autres.

Jean-Claude CARRIERE, Le cercle des menteurs, contes philosophiques du monde entier (Paris, Plon, 1998)