lundi 30 septembre 2013

Voir avec des yeux d'or

Dans un des chapitres de l'homme-joie, Christian BOBIN décrit l'émerveillement qu'il a ressenti à voir un cheval brouter dans l'herbe (c'est décrit bien plus poétiquement que cela).
Et, pour son plus grand bonheur, il a un deuxième kif dans sa journée.

"Vous savez, des fois je me demande si je suis normal. La réponse est non. Mais la réponse ne m'inquiète pas. Ce qui compte c'est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. […] Car il y a eu, après la paix fabuleuse incarnée par le cheval mâchant, une deuxième rencontre : un bouquet de pois de senteur sur la table. Des fleurs bleues et roses, une haleine divine, des fantômes aristocrates, la légèreté d'un chagrin d'amour. Le miracle, mettons cette chose au point, est toujours en deux temps : d'abord il y a la vie plate, incontestable. Ces pois de senteur, je les avais ramenés moi-même à la maison. Je trouvais leurs fleurs belles, mais sans plus. Le miracle arrive dans un deuxième temps, quand s'éveille ce qui dormait sous nos yeux, quand ce qui surgit de la vie crève nos yeux et les remplace par des yeux d'or."

Christian BOBIN, L'homme-joie (Paris, L'Iconoclaste, 2012).

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